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Troupe éphémère en PACA

Alain Beauchet, édité par Arno

Journée de la troupe éphémère en PACA, aventure collective partagée avec le public, par des gens qui pour la plupart ne se connaissaient pas, mais se sont reconnus, au moins du point de vue de leur générosité et de leur engagement ce jour-là, à défendre la place de l’art dans l’espace public au sein d’un projet collectif. Panorama sensible et subjectif.


Un film réalisé et monté par Vincent Lucas et produit par Les Facteurs d’images - 26mn

A Marseille on se réveille !

5h30, les techniciens font chauffer les moteurs des camions chargés de matériel.

6h00 du matin et déjà 85 personnes qui se rassemblent dans la nuit noire tous de bleu vêtus, au bas des escaliers de la gare St Charles. Des artistes, des techniciens des chargé(e)s de com’, des administrateurs, des directeurs de structures, de compagnies...Pendant qu’une équipe charge les accessoires de jeu et les effets personnels dans trois cars affrétés spécialement, l’ascension des marches débute, apprentis en tête, et déroule ses images poétiques.

Comme un choeur elle est suivie par un essaim composé du reste de la Troupe FMR. Une fois au sommet, un guide hurlant embarque toute la troupe pour une visite commentée dans la gare sous les yeux médusés des voyageurs et des agents de sécurité qui n’ont pas bronché, décontenancés par cette irruption forte et inattendue dans le quotidien du hall. 6h30 fin du premier acte et départ vers Aix en Provence pour une seconde intervention sauvage.

A Aix, tous en Rollex !

Le premier car s’arrête sur un parking et récupère encore une dizaine de personnes avant d’arriver dans le centre. Aix en Provence n’est plus ce qu’elle était. 7 heures, les pavés qui viennent d’être nettoyés sont encore mouillés, les bistrotiers sortent leurs terrasses. On est chez la France qui se lève tôt. La grande fontaine de la Rotonde et ses environs sont pris d’assaut par une marée de bleus de travail, des danseurs, des hordes de sans-papiers sacs du bled en main, des balais chorégraphiés de ménagères nettoient les abris bus, la circulation est bloquée, les véhicules stoppés, une armée de Ripolins impeccablement alignée repeint l’asphalte d’extraits du manifeste, réinvente les passages piétons et re-dessine l’espace public, en souligne les contours, une cantatrice en chantier s’invite dans La Mecque de l’art lyrique, des voyageurs exilés traînent leurs maigres valises et se cherchent une terre d’accueil, les musiciens jouent, le sous maire de... réveille la clientèle de l’hôtel de France et la troupe FMR se déhanche sur les riffs aussi gras que carrés, de guitare bluesy. La police arrive enfin au bout de 45 minutes ! On continue. Et puis rien.

Elle repart après être passée entre les mains de nos ménagères expertes, Olivier, Nahim, Pascal et Manel qui nettoient le pare-brise et font reluire les chromes. Personne n’est arrêté, dommage ça aurait fait de la presse ! On ne peux même plus compter sur Aix...Direction Gap. Une heure trente de trajet et ça chauffe dans les cars, c’est parti, et bien parti !

A Gap, les agapes.

Ici nous sommes attendus chaleureusement par la police qui nous ouvre la voie et sécurise la troupe. Le choeur et l’essaim arpentent la rue, la prennent, battent le pavé. Arrivés sur le marché les luttes de 2003 se projettent sur écran libre entre la permanence locale de l’UMP et la gendarmerie nationale. Le bleu est partout et le marché prend des couleurs. Le bleu se répand, se fraie un chemin entre les étals de fromage de chèvre et les vendeurs d’huile d’olive, il ouvre des voies et défriche inlassablement les publics.

La troupe FMR explose et inonde le centre-ville de bonheur, je vois des gens qui sourient, qui ont les poils qui se dressent sur les bras, d’autres qui pleurent d’émotion, d’autres encore qui intègrent les propositions et jouent avec nous, et qui nous disent que c’est bien qu’on soit là. Et puis il y a ceux qui ne comprennent rien, ceux-là je les aime bien...La mairie est assaillie par notre collectif de sans-papiers, ils en ressortent formulaire de demande de papier d’identité en main. Les gens sur le marché reçoivent du courrier lettres d’amour ou recommandés suspicieux, des coups de fil du bout du monde aussi.

Une heure trente plus tard, rappel de la troupe et embarquement du public vers une pelouse installée spécialement pour un pique-nique où tout le monde est invité. Plus de trois cent personnes, discours du sous maire de.. et grand jeu de "Gagner la rue libre" une sorte de Baseball à trois équipes où les assiettes remplacent les balles, évidemment il y a de la casse c’est fait exprès, une équipe arrive en tête mais tout le monde a gagné. Les gens se parlent, se mélangent et échangent à propos de nos métiers, de la rue, de l’art dans l’espace public. Le soleil est avec nous, il ne nous lâchera pas.

Quelques verres de vin plus tard, Gap se mue alors en Wimbledon éphémère pour une partie géante de raquettes. Faire digérer tout ça. Notre guide fou nous ramène vers nos cars et la troupe repart vers Embrun. Gap n’est plus tout à fait la même.

Embrun de fantaisie.

La ville est plus petite mais le scénario identique. C’est déjà la montagne. 15h30, la troupe FMR sort de leur sieste les embrunais embrumés, elle les réveille de manière douce et sensible. Un train de sacs du bled arpente les rues, la traviata se cherche un amoureux. Un taxi embarque le public pour des voyages clandestins. Les gens sont attentifs, étonnés, la brigade de peintres repeint le quotidien de mots, les femmes de ménage balaient les maux, et c’est déjà l’heure de se rendre sur la place pour le discours du sous-maire de...Il apparaît fleuri au balcon de la grande salle des mariages.

Le parterre de nombreux spectateurs n’en croit pas ses yeux, il y a même un guitariste au balcon.
Notre cantatrice prend la suite. Mozart l’accompagne et apparaissent des danseurs qui se frottent au bitume. Le public lui aussi veut danser, s’improvise alors une Amadeus valse sur le pavé d’Embrun. Un moment aussi inattendu que rare.

Un coup de corne de brume et le guide survolté réapparaît, entraînant les artistes dans une ultime visite de la ville. Trois petits tours et puis s’en vont. Ici la troupe FMR a semé des graines et plus rien ne sera jamais pareil. Retour vers les cars pour l’avant-dernière étape de cette transhumance.

A l’Argentière, on manque pas d’air !

Ici c’est le sous maire de.. qui nous introduit. Tout va très vite, là, le temps est compté.
Les exilés trouvent refuge dans un bistrot, le patron leur a volontiers donné les clés les clients s’en réjouissent. Autour du kiosque à musique la résistance s’organise et les échos de Tartare résonnent. Les voyages du taxi se font voyages immobiles. L’endroit est assez déserté et nous sommes bien plus nombreux que les rares passants. C’est un peu le relâchement général, on commence à être fatigués. Heureusement nous repartons très vite. Quelques lacets de virages plus loin, Briançon.

A Briançon on monte le son !

Ici nous sommes très attendus. Depuis 13h00 l’équipe technique, partie de Marseille le matin même, peaufine les derniers préparatifs de l’acte à Briançon. Nous y retrouvons une délégation d’italiens, artistes, producteurs, élus qui nous ont rejoints à la frontière pour un passage de relais symbolique et pour marquer ensemble l’ouverture sur l’Europe.

La nuit commence à tomber et le public se masse doucement près des braseros installés au lieu de rendez-vous. Le choeur pénètre les remparts de la vieille-ville et la troupe FMR part
une nouvelle fois en "rue libre", s’appropriant chaque ruelle, chaque recoin, imprimant son empreinte dans chaque fissure de la cité. Puis la ville s’embrase de bengales et le curé nous sonne les cloches, celles de la cathédrale, signal du rendez-vous pour la lecture du manifeste par notre sous maire de..., depuis les fenêtres de l’office de tourisme.

Le public de plus en plus nombreux est alors entraîné au pas de course par le guide vers les remparts. Puis, notre diva accompagnée d’une human beat box et suspendue au loin dans le ciel étoilé par une nacelle, invite les danseurs et le public à la rejoindre. Les corps se frottent alors au pavé, les membres s’égratignent au contact des façades anciennes et c’est encore trois cent personnes qui convergent dans la nuit au rythme du beat vocal. Soudain des images jaillissent en XXL sur le mur de la Cathédrale. "Ce n’est pas un film que vous allez voir" annonce la voix off. Et le manifeste apparaît en lettres capitales sur fond de lutte châlonnaise. Resurgissent l’armée de l’art, la manif’ de droite et tant d’autres images. La diva déjantée se mue en Queen of the night sur un mix toujours live de rythmique buccale. Tandis que les boules à facettes flottant dans le ciel dispersent leurs éclats comme autant de flocons de neige, le tempo fait écho et les percussions des italiens de Dadadang happent la foule dans des fontaines de lumières pyrotechniques. Ils l’entraînent dans la ville et la ramènent brûlante sur la place du temple pour une dernière parole d’artistes et un vin chaud partagé avec le public.

Ce 27 octobre à Briançon c’était canicule.

22h30, le temps de l’entre-nous, celui aussi de l’échange avec nos amis italiens. Celui des coups à boire et de la fête. Avec ce sentiment partagé d’avoir accompli quelque chose de généreux, de juste, d’avoir ouvert des pistes et laissé des traces.

Alors que dire de cette initiative ?

Dire que bien sûr on peut être critique sur la qualité artistique de l’écriture, ou encore sur l’esthétique ou le contenu d’une proposition, et que cette journée doit nous interroger collectivement sur ce que l’on défend artistiquement des arts de la rue. Mais l’important est ailleurs, dans ce que cette aventure fera naître d’ouvertures, de liens et de possibles.

Cette invitation à Rue Libre ! se voulait ouverte à tous et fédératrice, et de ce point de vue c’est réussi. Les acteurs de cette troupe éphémère ont été soucieux de s’investir de manière individuelle, à l’occasion de cette première journée nationale des arts de la rue, pour, et au coté de l’ensemble de la profession. Qu’ils en soient ici tous (je l’espère), remerciés.

Dans le désordre :

Naïm Abdelhakmi, Kurt Demey, Jana Heilmann, Olivia Jenks, Julie Mercie, Ferran Orotbig, Michaël Sanchez, Hélène Sanier, Jérémie Steil, Berta Tarrago, Claire Terrien, Prisca Villa, Dominique Trichet, Aurélie Labouesse, Philippe Autric, Sophie Catala, Franck Gubaret, Annie Rhode, Peggy Maillant, Max Bernery, Henry Palanque, Jean Barbaroux, Yann Magnan, Antoine Mahaud, Stéphanie Lemonier, Amélie Vincent, Alex de Zinzine, Fabrice Watelet, Laurent Luci, Pierre Delosme, Anne Guiot, Pierre-Marie Lopez, Marie Lopez, Fabienne Rouet, Alice, Caroline Selig, Alain Beauchet, Adila Carles, Gilbert Landreau, Laura Ayala, Pierre Sauvageot, Jannie Jérémie, Fabienne Aulagnier, Matthieu Castelli, Marie Martorelli, Franck Lemaire, Valérie Costa , Emeline Guillaud, Nico Burlaud, Laurent Pernice, Juliette Bataille, Aude Maheu, Elodie Sannier, Michel Almon, Franck Bouilleaux, Karine de Barbarin, Bernard Llopis, Romaric Matagne, Pablo Volo, Amanda Diaz-Ubierna, Manel Pons, Sylvestre Bigeon, Romain Chaffard, Laetitia Langlet, Maud Buinoud, Guillaume Cir, Matthieu "Joos", Yendi Nammour, Elsa Lévécot, Roland Munter, Marine Dubois, Bertrand Roure, Pascal Messaourdi, Juliette Ungauer, Philippe Allari, Natacha Mauzit, Julie Alamelle, Cécile Zanibelli, Sophie Chateau, Bruno Merelli, Stéphanie Soubra, Christelle Piccitto, Ulysse Fellous, Sébastien Badachaoui, Estelle, Moussa Tighestine, Olivier Fanquet, Vincent Lucas, Zoïc Lambert, Julie Moreira, Miguel, Dimitri Chilitopoulos, Mathieu, Pascale Canivet, Laurence Dorey, Marion Diaz, Franck Bouilleaux, Laurent Martin, Alex Cubizolles, Vito Panza et ses percussionnistes, Ariane Bieou, Stefano Bosco, Massimiliano, Alejandro Guzzetti Maccarelli, Betta et Eddy, Lucia Carla et Matteo, Antonio Vaianna et Sonia, Valentina Cunsolo, Christina Giacobino, Giulia Bertorello.

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