Accueil du site > 2009 > Evénements par régions > Rue libre ! à l’international > Kazakstan et Kirgizstan

Kazakstan et Kirgizstan

Chronique Kirghize en 3 parties : 4 jours a Bichkek

Partie 1

700 dollars US pour monter un festival de quatre jours, c’est digne de figurer dans le Guinness book des records du minuscule budget de festival. C’est pourtant avec cette somme que Mesto D a pu nous payer les transports sur place, et payer un peu de nos logements. Le reste a été affaire de contacts, de coups de main, de prêts : bus prêté par la ville, 2000 flyers pour presque rien (et épuisés en 1 jour et demi), 30 spectacles par jour répartis dans plusieurs quartiers, prêt de loges du théâtre national de Bichkek, et beaucoup de bonnes volontés (ça s’appelle bénévoles, je crois) pour encadrer tout ça. Le pari n’était pas gagné, et si la ville a donné des autorisations pour pouvoir jouer un peu partout, les flics se sont empressés un peu tous les jours de vérifier ces autorisations.

Question presse, ça a été le buzz du pays, première page dans les journaux (qui ne sortent pas tous les jours), passages dans les journaux TV (jusqu’à 10’ d’affilée) et un public qui se faisait plus nombreux chaque jour.
Comme il n’y a pas beaucoup de compagnies de rue (une à Bichkek, et une, dans un village, spécialisée sur le travail du feu), Mesto D avait rameuté tout ce qui pouvait faire nombre pour un festival : jeune groupe de rock, illusionniste bruyant qui se croyait à la télé, graffeur talentueux, spectacles moyen terribles pour enfants, compagnies kazakhs, et surtout, la compagnie avait monté 4 à 5 différentes performances plus ou moins heureuses.

Deux spectacles de Mesto D valaient vraiment le déplacement : un solo de Serguej, en buste de statue, super fragile, mais réussissant uniquement avec le regard et la tête à faire jouer le public, et un spectacle déambulatoire dans des parcs de soldats russes ramenant un blessé du front. Spectacle pas drôle du tout, joué sans fioriture, très stanislavskien, se terminant devant un monument aux morts (faut aller en Asie centrale pour voir un spectacle autour d’un monument aux morts). Les trois personnages se figent pendant de très longues minutes, un graffeur vient faire le fanfaron autour d’eux (il se fait prendre en photo) et finit par écrire à la bombe sur eux « Punk is not dead ». L’un des soldats sort alors de la pose, vient déposer une fleur sur le monument et s’éloigne. Le public est très réactif sur ce spectacle, parfois il essaie d’aider, parfois, il s’éloigne ou, au contraire, court avec les soldats, et parfois certains pleurent. Très fort !

Partie 2

Bichkek : capitale du Kirghizstan, 1 million 200 mille habitants (sur 5 millions d’habitants que compte le pays). La langue de communication est le russe, mais le kirghize (langue turcophone à lettres cyrilliques) est très utilisé. Dans les premiers jours, Colin, de la fanfare du Kikiristan posait souvent la question du mélange entre russes et kirghizes, se demandant si ça posait des problèmes (parce que les visages sont, on ne peut plus différents). Il s’est vite rendu compte qu’il gaffait, car la question ne se pose pas. En fait de russes, il s’agît de kirghizies issus des familles russes déplacées sous Staline et nés au Kirghizstan. On trouve la même mixité harmonieuse au Kazakhstan (15 millions d’habitants).

Bichkek est, paraît-il, une des trois capitales les plus verdoyantes du monde (je ne connais pas les deux autres, mais Almaty n’est pas mal pourvu non plus). C’est l’arbre qui cache l’habitat, sorte de H.L.M. très années 50, et dont on a l’impression qu’un seul et même architecte a cloné dans toute la ville : les appartements sont partout les mêmes ! La ville fourmille de statues gigantesques, soit de scènes guerrières, soit de scènes sublimant le travail, soit des deux héros nationaux : Orozbiekov Abdikadir (héros légendaire qui aurait réussi à réunir les tribus en une seule) et Lénine (qui a reconnu le Kirghizstan comme une république, alors qu’avant, il était une colonie largement exploitée par le Tsar, et jusque dans les années 20) qui aurait empêché un génocide des kirghizes.

Le Musée National, appelé Musée Lénine auparavant, est impressionnant : Monument gigantesque, le nom de Lénine est traduit dans toutes les langues du monde et couvre une grande partie du plafond, des fresques très soviétiques dans l’esprit couvrant le reste. Les statues sont énormes et représentent des gens au travail, ou des héros révolutionnaires. Lénine est sous toutes les coutures, en bois, en cuivre, en bronze, dans son bureau, en tribun, etc. Il y a des lettres manuscrites, c’est totalement hallucinant. On retrouvera le même engouement pour Lénine au Kazakhstan ! Dans les autres étages du musée, on trouve les cadeaux des présidents étrangers aux différents présidents du Kirghizstan, l’histoire en photo de Solidarnosc, et un étage consacré à l’histoire du Kirghizstan (avec quelques pièces anciennes : cadavres momifiés, armes anciennes, outils rudimentaires, et tapis anciens).

A Bichkek, il faut faire attention ou on marche, les plaques d’égout sont de guingois, et des trous surgissent ça et là. Les gros tuyaux de gaz traversent la ville en tout sens, et si l’eau ne manque pas, le papier toilette utilisé est jeté dans une poubelle et non pas dans les toilettes qui manquent de débit. Des pannes électriques sont très fréquentes, et anarchiques, vu que l’Etat vend son électricité en grande partie à l’Ouzbékistan, et n’a pas assez de réserve pour ses propres habitants (paraît que le président gagne très bien sa croûte avec). Le soir les rues sont sombres, et il ne fait pas bon sortir dans certains quartiers obscurs (la Vodka fait des ravages).

Au Kirghizstan, on achète son permis et lorsqu’on se fait arrêter (la vitesse est limitée à 80 sur la route), il est d’usage de serrer la main du policier qui vous arrête, avec un petit billet plié au creux de la main. Les restaurants sont sans alcool (mais on peut amener sa bière, son vin ou sa vodka) et pour trois fois rien, on mange des borsh (sorte de pot au feu au choux rouges) ou des Lagman (sorte de pâtes artisanales mélangées avec des bouts de bœuf, carottes et autres légumes. A Bichkek, pas de touristes, juste quelques trekkeurs de passage, une vingtaine de français seulement y vivent. La disparité entre riches et pauvres est grande, mais tout mendiant est bien accueilli, et les gens n’hésitent pas à donner. Les européens sont appelés « les western », et il y a une vraie nostalgie d’une époque ou le fric ne régnait pas en maître, et ou les contacts humains étaient faciles et quotidiens.

Ce premier festival des arts de la rue a redonné de la convivialité aux gens de Bichkek et, aux dires du public lambda, donné le sourire à la ville.

Partie 3

« Trouve ta place dans la ville » titre, peut-être pas très bien traduit du russe « Mesto v Gorodna », du festival de Bichkek, a rayonné sur tout le pays : couverture médiatique incroyable et quotidienne. Pour le pays, c’était révolutionnaire, le fait de jouer en extérieur, gratuitement, de 12h à 20h. _ L’idée étant de donner un coup de main aux rares compagnies de rue des deux pays, on peut dire qu’ils ont bien profité de nous (via les conférences de presse) et vu le succès, leur permettra d’être mieux reconnu par leurs mairies, et des sponsors potentiels… d’ailleurs depuis le festival, les demandes internes au pays affluent ! Pour nous, ça a été un régal, on a joué 10 jours sur 12. La fanfare du Kikiristan a eu ses cohortes de fans (jeunes adolescentes plus craquantes les unes que les autres) dansant au son de leurs instruments, signant des autographes comme les Beatles en leur temps, se faisant prendre en photo pendant des heures. Ils ont accompagné (en improvisation) une compagnie Kazakh, et ont participé à une soirée impro, et une soirée prout-prout à Almaty. Les On Air d’Outre-rue, les Tony’s d’Albedo, et les Cupidons des Goulus ont croisé ensemble leurs comédiens, intégrant aussi des kirghizes, et Justin Lenoir de Theater rue pietonne a formé trois jeunes filles pour jouer son spectacle, leur offrant le spectacle et les tuyaux, le dernier jour.

D’un pays à l’autre, les publics sont très différents : au Kirghizstan, pas de cercle ! Le public vient te coller sous le nez, applaudi au moindre mouvement, te suit jusqu’au bout du monde, et comprend très vite comment ça marche (le déambulatoire et l’interactivité). Au Kazakhstan, public très timoré, très timide, qui se place loin de l’action. Il fallait s’appuyer sur les anciens (plus cools) pour les rassurer. Mais ensuite, le même engouement, la même fidélité à revenir tous les jours, la même propension à vouloir tout photographier et à se faire photographier avec toi.

« Rue Libre » a plusieurs vocations, je crois : affirmer que les arts de la rue sont des arts à part entière, en sensibilisant les institutionnels ou simples passants, défricher des lieux ‘improbables’ et enfin partager des moments entre artistes, entre savoir-faire !

Il doit y avoir encore d’autres voyages ou définitions à la raison d’être de « rue libre », mais nous, on a vécu cette « Rue libre » comme ça… et s’il y a des partenaires (et je pense surtout au Fourneau qui, d’après tout ce que j’ai pu lire et entendre sur le festival du pays de Morlaix, s’ouvre comme il faut (enfin !) à l’international) qui veulent nous appuyer, nous aider et nous suivre, ils sont les bienvenus…. Le monde est encore grand !

Portfolio

Ah, la télé ! Vue d'Almaty Art&Shok Conférence de presse à Almaty Final scotchant L'amour est universel Les Kikis pour leur première a Bishkek On Air n'en manque pas ! Serguej de MestoD Super solo kyrgyze Tony's Trio breton, parigot et kyrgyze
SPIP | | Plan du site | Mentions légales | Suivre la vie du site RSS 2.0